Alors, le rapport ?


Lettres de membres de La Meute et réponse du cabinet de la ministre

Paris, le 27 mai 2004

Madame la Ministre,
Vous êtes à l’origine d’une initiative intéressante et positive : une sorte de « forum » ou de sondage sur les réactions que l’on peut avoir aux publicités sexistes. Par téléphone et par courriel, on peut indiquer à vos services ce que l’on pense sur ce sujet.
Malheureusement, c’est difficile d’y accéder : la boîte vocale comme la boîte e-mail sont souvent saturées, inutilisables. De plus, les résultats de cette démarche devaient être portés à la connaissance de la presse et du public. Ils ne le sont toujours pas.
Je sais bien qu’il y a beaucoup d’autres problèmes dans le monde… Mais celui-là existe aussi et doit être traité.
Il me semble que vous mésestimez le ras le bol grandissant d’un nombre croissant de personnes, femmes et hommes, devant la bêtise, la paresse et les vapeurs de cul dans la tête des publicitaires. Ils n’ont aucune imagination. Alors ils mettent de la peau de femme nue partout, et, pour faire bonne mesure, ils rajoutent de la peau d’homme nu en clamant que c’est un progrès, que foutre tout le monde à poil pour vendre des machins est révolutionnaire.
Ce sont bien sûr des jean-foutres, des jocrisses et des foutriquets. Mais ils font du mal. Ils font du mal aux enfants, aux adolescents et aux esprits faibles. Et à moi.
Quand on fait quelque chose, il faut le faire bien. Même si vous avez peu de moyens, ce principe s’applique. Faites bien ce sondage, sinon, à quoi sert de l’annoncer s’il n’est ni représentatif, ni exploité ?
Je ne suis pas en colère, non, seulement un peu lasse de voir que les choses bougent si peu. Pour ma part, je boycotte systématiquement les marques qui se foutent de la gueule du monde. Mais cela ne suffit pas.
Croyez, Madame la Ministre, à ma vive sympathie.
Florence CASSAGNAU, 27 mai 04

Il n'est pour moi pas acceptable que les politiques n'assument pas leur responsabilité concernant l'envahissement de l'espace public, et privé, par des publicités sexistes ou le corps féminin dénudé est constamment offert comme objet de consommation.
Je souhaite que chacun d'eux s'interroge sur les dégats que ceci entraine au sein des foyers, et sur les conséquences psychologiques pour les enfants mais aussi pour les hommes et les femmes.
Beaucoup de femmes souffrent de cette situation, et s'obligent à un comportement qu'au fond d'elles même elles n'acceptent pas afin d'essayer de retenir l'attention de leur compagnon, qui reçoivent chaque jour des messages leur disant implicitement ( ou non ) que des femmes sont avides de leur désir et que désirer une belle femme offerte est parfaitement normal.
NON ce n'est pas normal, si l'on a le respect des femmes en général et de sa femme en particulier, il faut que cela cesse pour les femmes mais aussi pour les hommes pour leur permettre de vivre des vies de couples moins parasitées par des fantasmes imposés, gènant la réalisation au quotidien de l'amour et d'une sexualité saine.
En ce qui me concerne, je boycote bien évidemment les publicitaires concernés mais il y en a tellement que le boycot est difficile et peu efficace, j'attend donc des politiques une action forte en ce domaine , une telle action serait pour moi déterminante dans mes choix électoraux.
Marie bernadette Ponthoreau, 28 mai 04

Madame la Ministre,

Je proteste régulièrement contre les publicités sexistes, et j’ai été très heureuse quand un site a été créé pour que nous puissions exprimer notre indignation. Cela m’a paru être le signe d’une réelle volonté de nos gouvernants de, comme on dit, « changer les choses ».

J’espère que je n’ai pas été naïve, que je ne me suis pas trompée. Cependant j’ai envoyé récemment un message sur ce dit site, j’ai été avisée que le message n’était pas parvenu, on me dit qu’il est saturé.

Vous aviez annoncé un bilan de ces réactions d’hommes ou de femmes à ces publicités honteuses qui s’étalent sur nos murs, une synthèse nationale devait être faite pour le 8 mars. La date est bien dépassée, et comment pourrez-vous la faire si vous ne recevez pas l’intégralité de ces messages ? Nous serons en droit de douter de son impartialité.

D’autre part le message du Ministère indique toujours l’adresse de la rue Brancion, et non celle de la rue de Grenelle où l’on doit vous écrire maintenant. Les gens vont se lasser… Mais les publicitaires, eux, ne se lassent pas, nous sommes constamment agressés dès que nous sortons de chez nous par ces atteintes « banales » à la dignité des femmes.

J’espère toutefois ne pas me décourager, j’espère aussi que vous avez réellement les moyens pratiques de continuer cette mission, et je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Jacqueline FICHET


Après des protestations de ses membres concernant le fonctionnemen défectueux du service, La Meute a reçu cette réponse du cabinet de la ministre :

REPUBLIQUE FRANCAISE
Ministère de la parité
et de l’égalité professionnelle
_______
Le 30 juin 2004
La Directrice de Cabinet 101, rue de Grenelle 75007 PARIS
______ Téléphone : 01 55 55 10 10
Télécopie : 01 55 55 49 26



Madame,

Vous avez bien voulu attirer l’attention de Madame la Ministre de la parité et de l’égalité professionnelle sur le fonctionnement défectueux de l’espace public de débat concernant les atteintes à l’image des femmes et à la dignité des personnes.
Cet espace a été mis en place par le Ministère de la parité et de l’égalité professionnelle, conformément à la déclaration commune signée, le 27 novembre 2003, par Madame Nicole AMELINE, Ministre de la parité et de l’égalité professionnelle et Monsieur Jean-Pierre TEYSSIER, président du BVP.

L’installation du Ministère de la parité et de l’égalité professionnelle dans de nouveaux locaux, au début du mois d’avril 2004, a effectivement perturbé, pendant quelques semaines, le fonctionnement de ce service. Je vous prie de bien vouloir nous en excuser.
Le fonctionnement normal est maintenant rétabli.
On peut désormais accéder à ce service en utilisant l’un des moyens de communication suivants :
- numéro de boîte vocale : 01 55 55 49 50
- boîte aux lettres électronique : pub.sexiste@cab.parite.gouv.fr
- service courrier postal à l’adresse suivante : 8 avenue de Ségur 75350 Paris 07 SP.
Porter sur l’enveloppe la mention « Image des femmes dans la publicité ».

En raison du nombre très élevé de messages reçus dans le cadre de l’espace public de débat, le bilan initialement prévu en mars dernier sera rendu public à l’automne 2004.

De plus, parallèlement au dialogue que le ministère poursuit avec les professionnels de la publicité et les medias pour renforcer l’autodiscipline, il est apparu nécessaire de créer un délit de provocation à la discrimination, à la haine et à la violence en raison du sexe ou de l’orientation sexuelle. Le conseil des Ministres a approuvé le 23 juin 2004 un projet de loi modifiant la loi de 1881 sur la liberté de la presse, créant ce délit pour combattre les propos et images susceptibles de constituer une telle provocation. Ce projet, porteur de progrès considérables pour les femmes et aboutissement d’une très ancienne revendication, sera présenté au Parlement prochainement.

En vous remerciant de l’intérêt que vous portez à la représentation des femmes dans la publicité, je vous prie d’agréer, Madame, mes salutations distinguées.



Brigitte GRESY


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